Comme une odeur de soufre

24 mai 2017

Comme une odeur de soufre change d'adresse

Salut tout le monde ! Bon, je sais que ça fait pas longtemps que j'étais là mais, j'ai décidé de changer d'adresse (et de design en même temps) parce que, faut bien se le dire, canalblog c'est un peu limité en terme de design. Du coup, tous les articles resteront bien en ligne ici et seront en même temps transférés petit à petit sur la nouvelle adresse. Les nouveautés quant à elles seront publiées uniquement là-bas ! Les comptes twitter et Facebook associés restent les mêmes et vous pouvez donc vous tenir au courant de l'actualité du blog de cette manière. Quant à la nouvelle adresse, la voici (c'est quand même vachement plus beau là-bas, non ?). Il faut cliquer sur le titre "odeur de soufre" et pas sur le lien, par contre, sinon ça ne marche pas (je ne sais pas pourquoi). Désolé pour ce désagrément, j'espère en tout cas vite vous revoir sur mon nouveau site:

 

 

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22 mai 2017

"Hellsing Ultimate" quand l'anime fait sa crise d'adolescence

 

 

Bon, les enfants, aujourd'hui, on va rentrer dans du lourd. Du très lourd même. Et par lourd j'entends un truc de bourrin en pleine overdose d'amphétamines. Donc, on va gentiment poser nos couilles et nos ovaires sur la table avant de se lancer dans une chronique sous stéroïdes à propos d'un des animes les plus sanglants et barrés qu'il m'ait été donné de voir, j'ai nommé la série d'OAVs Hellsing Ultimate.

 

Pour ceux qui ne connaissent pas Hellsing, il s'agit initialement d'un manga réalisé par Kohta Hirano. La publication en tomes a débuté au Japon en 1998 (2004 en France) pour se terminer en 2009. On compte ainsi dix volumes au total (soit un par an, environ, l'auteur étant quand même un sacré gros flemmard). Concernant les versions animées on a d'abord eu le droit à une première adaptation de treize épisodes entre 2001 et 2002, qui ne suivait rapidement plus la trame du manga, encore en cours à l'époque et dont la fin a en outre été terriblement bâclée, vraisemblablement à cause d'audiences médiocres. Les fans ont donc dû se résigner à ne jamais voir leur manga préféré transposé à l'écran jusqu'à un jour béni de 2006 où sortit miraculeusement le premier épisode d'une série de dix OAVs (1), achevée depuis 2012 (même si pour l'instant seuls les quatre premiers épisodes sont disponibles en français).

 

Jusque-là, d'accord, c'est bien sympa de balancer toutes ces informations mais au fond Hellsing ça raconte quoi ? Pour faire simple, on suit le quotidien de l'organisation protestante Hellsing, menée par Integra Fairbrook Wingates Hellsing (oui, son nom claque), héritière de la célèbre famille du même nom (sans blague) et chargée de la gestion de situations de crises liées à la présence de créatures surnaturelles sur le territoire britannique – notamment des vampires. Notre dame de fer peut pour cela compter sur l'assistance de son fidèle majordome Walter C. Dornez, un vieil homme fort qualifié pour son poste accessoirement expert en boucherie de masse et sur l'appui d'un certain Alucard, vampire ultra badass de son état, lui-même toujours accompagné de Victoria Seras, ancienne policière désormais elle-aussi noseferatu à plein temps.

 

Vous le sentez déjà venir, le gros bordel ? Eh bien, ajoutez à tout ça une recrudescence des cas de vampirisme, une bonne dose de carnages gratuits, un prêtre psychopathe se baladant avec une quantité indécente de baïonnettes sur lui et vous aurez à peu près un résumé fidèle de la série. Ah, zut, j'allais presque oublier les nazis. Et oui, vous avez bien lu, des nazis parce que... bordel, pourquoi pas ? Honnêtement je crois que même l'auteur n'avait pas de meilleure justification pour foutre des nazis dans son manga.

 

Hellsing c'est donc l'équivalent d'une rave-party gigantesque qui aurait tourné à l'orgie sataniste avant de virer à la battle-royal et vous savez quoi ? C'est pour ça que c'est génial. Concrètement, cette série est truffée de clichés, avec son héros vampire quasi-invincible, sa partenaire à la poitrine opulente, ses explosions, ses combats à couper le souffle et une quantité difficilement descriptible de tripes, de boyaux et de cervelles éclatées. Vous vous doutez bien que tous ces stéréotypes sont totalement assumés. Les OAVs sont en conséquence extrêmement dynamiques, avec une animation de qualité et retranscrivent fidèlement les événements du manga. L'atmosphère y est sombre et prenante. Les nombreux personnages ont en plus un charisme incroyable – bien plus important que dans le manga papier, les premiers tomes demeurant relativement inégaux en termes de qualité graphique.

 

Le scénario est quant à lui.... particulier. Si vous cherchez une histoire complexe riche en réflexions pseudo-métaphysiques, passez votre chemin, cet anime n'est pas fait pour vous (mais alors pas du tout). Si en revanche vous avez simplement envie de vous détendre devant un récit tenant plus ou moins bien la route, parsemé de références parfois bancales à l'œuvre de Bram Stocker et mettant l'accent sur le traitement esthétique des scènes plutôt que sur leur cohérence narrative, foncez. Tout de suite. Okay, j'admets être injuste avec la série. Elle effleure tout de même quelques thématiques ontologiques. Un peu comme Mcdo effleure le concept d'alimentation équilibrée avec ses menus salades. 

 

Je suis personnellement un grand fan de cette série. J'ai ainsi commencé par les mangas (que je vous recommande aussi) avant de me tourner vers la première adaptation animée décevante et de me consoler ensuite en découvrant, au hasard de mes recherches sur le net, ces dix merveilleuses OAVs. Ce que j'apprécie dans cette série, c'est avant tout le côté arrogant d'Alucard, suintant la classe par tous les pores et le caractère implacable d'Integra, qui, il faut le dire, envoie quand même du pâté. Il me semble d'ailleurs nécessaire  de souligner qu’un personnage féminin d'une telle envergure est assez rare dans l'univers des mangas fantastiques. Integra se distingue non seulement par ses qualités de dirigeante mais aussi par ses talents de combattante, son intellect et sa volonté à toute épreuve. Elle reste toutefois suffisamment faillible pour ne pas tomber dans le ridicule. La relation maitre/serviteur entre elle et Alucard est alors un des meilleurs aspects du récit, puisqu'elle fait ressortir aussi bien les faiblesses d'Integra que celles de son subordonné pourtant présenté comme tout-puissant.

 

D'un autre côté, Victoria Seras alias « Police girl » est là pour compenser le manque de clichés sexistes (hourra...). Heureusement, elle connaît une évolution plutôt intéressante au cours de l'intrigue. Certains personnages n'ont néanmoins pas cette chance et sont, à mon avis, complètement gâchés, mais là encore, ce n'est sûrement pas pour le développement des personnages que vous regarderez Hellsing. Non, au risque de me répéter, vous regarderez cette série pour une seule et unique raison – l'hémoglobine. Et de l'hémoglobine, il y en a un paquet.     

 

Hellsing Ultimate c'est donc une série d'OAVs drôle, parfois sans le vouloir ; brutale et qui fleure bon la crise d'adolescence. Elle est effectivement remplie de stéréotypes, mais c'est ce qui la rend terriblement amusante. Si l'histoire n'a rien d'extraordinaire à part le fait de parvenir à cumuler en dix épisodes autant de points Godwin qu'un complotiste adepte de la théorie du grand remplacement après trois litres et demi de bière, elle n'en demeure pas moins jouissive. On s'y perd assez facilement, je le conçois, mais cela n’est nullement un défaut. Au contraire. Avec Hellsing on peut ranger son cerveau au placard, se scotcher devant sa télé et se contenter de rire comme un abruti à chaque fois qu'Alucard suce le sang d'un type ou sort une réplique monstrueusement stylée. Oh et petit bonus, l’équipe de Team Four Star responsable de Dragon Ball abridged, une version redoublée et parodique de la saga Dragon Ball Z a fait un travail fantastique avec Hellsing Ultimate. Si vous êtes aussi intrigués que moi, c’est par ici : 

 

 

 

(1) Je ne prends ici pas en compte la mini-série The Dawn, préquelle à l'histoire du manga.

20 mai 2017

"Salammbô" de Druillet et Flaubert, récit d'un trip sous acide

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Beaucoup d'entre vous ont sans doute déjà entendu parler de Salammbô, de Flaubert. Vous savez, ce bouquin épique se déroulant à Carthage, pendant la première guerre punique, avec ses batailles monumentales, dignes d'un roman de Tolkien avant l'heure ; ses armées d'éléphants ; ses mercenaires assoiffés de sang et ses lasers qui... Quoi ? Non, attendez, des lasers ? Au III e siècle avant J.-C ? Oui, des lasers, parce qu'aujourd'hui ce n'est pas du roman de notre ami Flaubert dont on va parler mais de son adaptation en bande-dessinée par Philippe Druillet en 1980. Son idée ? Prendre l'intrigue d'origine et la transposer sur une planète étrange et chaotique, vestige d'un empire galactique millénaire sur le déclin.

 

Si la rencontre des genres et des époques peut étonner, elle apparaît pourtant parfaitement logique : d'abord parce que le cœur du récit de Flaubert demeure bien la guerre, sous forme d'épopée archaïsante et que, de L'Illiade à Star Wars en passant par Le Seigneur des anneaux, on assiste toujours à la même histoire, sans cesse réécrite (ce n'est en rien un reproche, c'est au fond de cette façon que fonctionnent les mythes). Ensuite parce que, Salammbô, c'est aussi une histoire d'amour à fortes connotations fantastico-érotiques. Dès lors, il n'est pas surprenant que le roman de Flaubert, qui propose de nous narrer l'affrontement entre la ville de Carthage, ruinée par des décennies de conflits et de cupidité et les mercenaires qu'elle a employé pour la soutenir dans ses campagnes militaires, s'avère finalement curieusement propice à une reprise version SF, un siècle plus tard, par un auteur au style pour le moins psychédélique.

 

La bande-dessinée de Druillet est ainsi une trilogie, que l'on peut désormais trouver en vente sous forme d'intégrale publiée aux éditions Glénat. Elle met en scène son héros Lone Sloane, qui, après avoir échoué sur la planète mère de l'Empire de l'étoile où Carthage s'élève encore et résiste, prend le nom de Mathô, le barbare. Mathô assiste alors à une réception donnée par le suffète Hamilcar, en l'honneur des mercenaires ayant permis à la cité flamboyante de remporter victoires sur victoires contre les troupes romaines. Cette réception est l'occasion pour Druillet de glisser subtilement et mot pour mot le célèbre incipit du roman de Flaubert (« C'était à Megara, faubourg de Carthage », ô douce madeleine de Proust). Elle constitue aussi un moment clef pour son personnage Lone Sloane devenu Mathô. Des tensions éclatent en effet entre les mercenaires, enivrés et enragés de ne pas avoir été rémunérés pour leurs services et les représentants de la cité punique.

 

Tandis qu'une foule de guerriers sauvages commence donc à saccager le palais du très respecté suffète et que la fille de ce dernier, Salammbô, vierge protectrice du voile de la déesse lunaire Tanit, décide de sortir de son temple calmer les ardeurs de ces brutes alcoolisées, Mathô, lui, en profite pour se rincer l’œil et tomber amoureux de la jeune femme. Voilà, tous les fils de l'intrigue initiale sont là et comme dans le roman de Flaubert, Mathô va, aveuglé par l'amour, chercher par tous les moyens à conquérir le cœur de Salammbô. Conseillé par Spendius, un ancien esclave ayant rejoint le camp des mercenaires ; prenant en outre la tête d'une armée bien vénère, Mathô est déterminé à se faufiler en douce dans la ville fortifiée afin de retrouver Salammbô et de dérober en même temps le voile de Tanit, symbole de la puissance de Carthage.

 

Je l'ai déjà mentionné quelques paragraphes plus haut, mais la bande-dessinée de Druillet reprend souvent des morceaux du texte de Flaubert. Rien d'exceptionnel, me répondrez-vous ? Eh bien, au-delà du simple hommage, ces fragments de texte collent assez facilement aux cases remplies de types en armures futuristes, de glaives et de lances dressés (insérez ici une blague phallique), de créatures bizarres et cuirassées, de cadavres et de sang. On se perd d'ailleurs parfois dans cet amoncellement de personnages et de détails, mais l'impression de désordre qui ressort de ces pages saturées ne fait que renforcer la sensation d'être pris en plein milieu de batailles gigantesques.

 

Les plans en doubles-pages foisonnent et les cases sont immenses, accordant un espace largement suffisant à la représentation des diverses factions et des combats titanesques. Druillet a en outre fait le choix d'intégrer à son œuvre des images de synthèse, technique aujourd'hui extrêmement kitch mais qui, il y a trente ans, faisait son petit effet. Enfin, les lecteurs de Flaubert reconnaîtront, en plus du texte d'origine, des scènes particulièrement frappantes, comme celle où, faisant route vers la ville de Sica, les mercenaires tombent en chemin sur des lions crucifiés par les carthaginois – qui étaient un peuple hardcore il faut le préciser. Sauf qu'ici ce ne sont pas des lions mais des PUTAIN de dragons des sables. Bordel.

 

Alors oui, cette bande-dessinée est déroutante, pour rester dans l'euphémisme. Oui, la Science-fiction est un genre qui ne plaît pas à tout le monde et oui, les dessins de Druillet ont l'air d'avoir été faits sous l'influence de substances illégales dans plusieurs pays. Je ne peux cependant que vous recommander cette merveille. Si vous n'aimez pas la science-fiction, ne vous inquiétez pas, elle est en vérité au second plan et à part les animaux tout droits sortis de Tchernobyl et les gueules de certains mercenaires, vous oublierez probablement que tout cela se déroule dans un avenir lointain ou dans un passé uchronique. L'atmosphère est tout bonnement saisissante : les couleurs sont vives, marquent inévitablement la rétine et créent une ambiance mystique, faîte de murs ocres et de ciels nocturnes tantôt turquoises, tantôt rougeoyants. Le pire, dans tout ça, c'est que Druillet trouve quand même le moyen d'être fidèle à l'œuvre de Flaubert.

 

C’est en somme un regard nouveau sur un monument de la littérature française que Druillet nous offre. C’est aussi et surtout une transgression, puisque Flaubert, de son vivant, refusait de voir son œuvre illustrée. Cette bande-dessinée a quelque chose d’hérétique et c’est ce qui fait son charme. Elle prouve qu’en littérature et en art, on ne peut avancer qu’en s'aventurant toujours plus loin dans l’expérimentation. Elle témoigne aussi du fait qu’il existe des histoires intemporelles, destinées à se répéter, capables de transcender les époques et que toutes les œuvres, aussi anciennes et révérées fussent-elles, ne peuvent survivre qu’en évoluant constamment. Elle réussit en gros l’exploit de réunir l’orientalisme et l’amour des vieilles choses du dix-neuvième siècle avec la Science-Fiction criarde des années quatre-vingt. Tout un programme, donc. Bref, Salammbô de Flaubert featuring Philippe Druillet (ou l’inverse, hein, à vous de juger), c’est quand même de la sacrée bonne came et une expérience à ne pas rater, surtout si vous avez lu le roman avant. Pour la petite anecdote, c'est cette bande-dessinée qui m'a poussé à me plonger dans le bouquin de Flaubert et il faut y aller, pour me faire lire du Flaubert.

 

Quelques planches, histoire de bien vous donner envie:

 

"C'était à Mégara, faubourg de Carthage"

 

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Epique, vous avez dit épique ?

 

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Comme un petit air de Seigneur des anneaux, non ?

 

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15 mai 2017

Le Rap français est-il violent ? Une histoire carnavalesque

Pour fêter son avancement, j'ai eu envie de poster ici un extrait de mon mémoire sur "La Poétique de mise en récit et d'exhortation dans le rap français". Alors, ouais, c'est carrément moins marrant que les autres articles que j'ai pu écrire. C'est vachement spécialisé et j'espère sincèrement que ça restera quand même accessible à tout le monde ! N'hésitez pas à me donner vos retours, ils me seront vraiment utiles. Et pour vous accompagner dans votre lecture, je vous propose le clip de "Jeune Vétéran" de Nessbeal (sur lequel j'ai un peu bossé, du coup).

 

 

 

 

Le rap, en France comme ailleurs, a toujours été perçu à travers le prisme de la violence. La lecture qu'en font les médias et par leur entremise, l'auditeur profane, se concentre essentiellement sur l'aspect revendicatif du genre ; sur ses paroles parfois d'une agressivité extrême (on pense notamment au titre évocateur « Sacrifice de poulet », du Ministère A.M.E.R, vu comme un appel au meurtre d'agents des forces de l'ordre). Il serait donc facile de résumer le rap à un phénomène de mise en récit de la haine. Cette approche, sans être complètement erronée, demeure cependant incomplète et bien trop superficielle. Elle occulte un élément primordial : en mêlant actes et paroles, esthétique et sociologie, le traitement qui est communément fait du rap lui ôte toute dimension fictionnelle or, le rap repose d'abord sur une symbolique de la violence c'est à dire, sur la distinction opérée par l'artiste et par le public visé entre d'une part l'exagération d'un sentiment particulier, comme la méfiance envers la police ou le système politique, qui se traduit ainsi par des hyperboles, des provocations et le recours récurrent à une thématique de la violence et de l'autre, la réalité du rappeur en tant qu'individu. Cela revient à affirmer que, lorsque le rappeur écrit puis scande son œuvre, il se met en scène, transforme son texte en une fiction et n'engage au mieux que son statut de personnage. La violence dans le rap peut ainsi certes relever d'une fonction mimétique, puisqu'il s'agit tout de même de reproduire la plupart du temps un état de fait, une expérience vécue ; elle doit toutefois être appréhendée dans le cadre d'une poétique spécifique, faîte de jeux sémantiques, de références codées et d'exagérations dont la présence même suffit à indiquer la valeur avant tout artistique du texte. Isabelle Marc Martinez résume parfaitement cet aspect du rap en disant, dans son ouvrage Le Rap français : esthétique et poétique des textes (1990-1995) que « les propos agressifs ne sont pas des incitations à la violence mais des images à volonté subversive »

 

Cette volonté subversive procède principalement d'une inversion des valeurs. En comparant le rap aux traditions orales africaines, Isabelle Marc Martinez évoque par exemple la figure du trickster, cet être souvent surnaturel à la jonction entre le bien et le mal dont les actions, trompeuses, lui donnent néanmoins une portée héroïque non seulement grâce à l'ingéniosité qu'elles sous-tendent mais aussi et surtout grâce au retournement moral qui les détermine – le trickster triche, ment et exerce son pouvoir à l'insu des autres cependant, ces autres le méritent souvent parce qu'ils représentent une figure d'oppression. Elle précise dès lors qu'il en va de même lorsque les rappeurs se réclament de milieux criminels tels que le banditisme ou le proxénétisme : le proxénète, le dealer ou bien encore, le repris de justice, ne sont que des tricksters modernes dont l'ingéniosité est glorifiée non par leur violence mais par la façon dont le rappeur met en scène cette violence. Celle-ci acquiert sa raison d'être dans les modalités qui la retranscrivent : seuls comptent les mots, l'originalité de leur utilisation et la force des images qu'ils renvoient à l'auditeur. Il n'est pas question de glorifier la violence ; d'en faire un code éthique, mais de s'en servir comme d'un nœud thématique afin d'offrir à l'artiste la possibilité d'exercer sa virtuosité. La violence persiste dans le rap mais elle se déplace et devient performative. Si le rappeur désire prouver son talent, ce n'est souvent que pour mieux démontrer le manque de talent de ses concurrents car, en effet, rapper, c'est surtout reprendre une structure dichotomique, l'opposition entre individus ou groupe d'individus, pour la transporter dans un nouvel espace où s'affrontent uniquement des ethos, des constructions symboliques. La musique et l'écriture deviennent des armes. Dans son morceau « Jeune vétéran », le rappeur Nessbeal dit par exemple :

 

Y aura pas d'copains-copines, à coup d'808 j'termine ta team.

 

Ici, la deuxième partie de cette phrase pourrait laisser penser que le rappeur parle d'une arme. L'emploi du verbe « terminer » renvoie à cet univers de la violence, du banditisme, en somme, à la mort et toute la puissance évocatrice de cette phrase repose justement sur l'analogie immédiate que l'auditeur pourrait faire entre le numéro 808 et le calibre d'un fusil or, le numéro 808 désigne en vérité la TR-808, une boite à rythme, et une fois cet élément mis à disposition de l'auditeur, celui-ci peut dès lors réinterpréter les propos du rappeur comme l'affirmation de sa supériorité musicale sur ses adversaires ; supériorité telle qu'elle se substitue entièrement à la violence physique qu'aurait impliqué la mention d'une arme à feu. Il faut néanmoins noter le degré de spécialisation que demande la bonne compréhension de cette punchline : sa structure ne donne pas la possibilité à l'auditeur d'en saisir le sens ; elle s'appuie au contraire sur une ambiguïté intentionnelle sans laquelle la phrase perdrait de son intérêt esthétique et contraint finalement l'auditeur non spécialisé à exercer son esprit critique, sa capacité de lecture au second degré. Le rappeur est en droit de compter sur celle-ci parce qu'elle est l'un des piliers fondamentaux du genre. Désigner une telle formule par le terme de punchline n'est en outre pas anodin. La punchline, littéralement « la ligne/la mesure coup-de-poing » dans le rap, est une phrase, une sentence lapidaire, qui frappe, au sens propre comme au figuré, l'auditeur. L'écoute du rap s'articule principalement autour des punchlines : c'est elles qui fixent le texte en mémoire et pour cette raison, elles doivent se distinguer du reste de l'œuvre, déstabiliser l'auditeur aussi bien rythmiquement que sémantiquement. Leur syntaxe est ainsi souvent brève et la violence se fait sur le double plan structurel et thématique.

 

Il apparaît alors bien souvent que la violence est, dans le rap, une esthétique ; l'occasion d'une performance verbale et scénique plutôt qu'un véritable appel à la révolte. Il ne s'agit pas ici d'occulter la portée sociale et politique des textes, qui dépend de toute façon beaucoup plus des destinataires que des producteurs des œuvres, mais de la comprendre différemment et en relation étroite avec l'aspect purement artistique du genre. En exagérant les passions, en poussant le traitement de la violence jusqu'à la caricature, le rappeur fabrique un personnage dont l'excès sert à la fois de catalyseur pour l'auditeur, qui voit en lui un moyen d'extérioriser l'expérience quotidienne d'une injustice sociale, mais aussi et surtout de cadre performatif. C'est dans son ethos de voyou que le rappeur Nessbeal trouve une justification à l'emploi abondant d'un langage familier voire vulgaire, mélange éclectique entre argot des cités et arabe courant. Son flow, sa scansion, s'articule d'ailleurs autour de certaines consonnes fortes (le « r » notamment) et c'est principalement grâce à l'usage de ces consonnes que ses textes font naître chez l'auditeur l'impression d'une dureté, d'une brutalité omniprésentes. Pour se rendre compte de cette spécificité chez Nessbeal, il est possible de prendre le refrain de son titre « Candidat au crime » :

 

La victoire au bout du cimetière, exposé au crime

Comme Mesrine, nos vies sont dures comme la pierre

C'est la tempête sous nos casquettes, des couronnes mortuaires

Pris au piège dans le sasse, trop tard pour faire marche-arrière.

 

L'ensemble du refrain est rythmiquement construit autour de la forte occurrence du son [r] et le rappeur prend soin d'appuyer chaque répétition de la consonne afin de renforcer et doubler oralement l'effet d'allitération. On peut donc remarquer une étonnante correspondance entre la forme, phonétiquement dérangeante, agressive, et le thème du morceau, l'âpreté et la dimension tragique de la vie des jeunes de cités françaises. Ce travail strictement poétique n'empêche cependant pas le texte de transmettre un message : dans le cas de Nessbeal, la transmission du message idéologique passe par la peinture d'un tableau de la misère urbaine. Le rappeur dénonce en montrant, en pointant du doigt et même si ses textes sont avant tout des productions artistiques, ils n'en demeurent pas moins effectifs sur le plan politique. L'auditeur se révolte tout autant que le rappeur à l'écoute de ces descriptions édifiantes des conditions de vie en cité mais cette révolte n'est pas la conséquence d'une exhortation explicite ; au contraire, l'exhortation en question est implicite et ne peut se faire que si le travail esthétique est suffisamment aboutit pour que le destinataire puisse percevoir, par le biais d'un processus d'identification au rappeur, l'injustice des rapports de forces et de la violence exposés dans le texte de ce dernier.  

 

Il pourrait ressortir de tout cela que le rap traite majoritairement la violence comme un outil, un instrument formel et thématique ayant pour objectif de fournir les conditions nécessaires à un certain type de performance textuelle, vocale et musicale ; que cette violence aurait, en résumé, des fonctions poétique et cathartique, or on ne peut nier, que ce soit dans l'image stéréotypée que l'auditeur profane se fait du rap ou dans les discours publics d'une grande partie de ses acteurs, l'existence de la revendication d'une valeur politique du genre. Un bon rappeur est, par une sorte de convention tacite établit entre toutes les sphères de la société allant du non-initié à l'artiste, un rappeur qui a des choses à dire et par dire, on entend dénoncer ou provoquer au moyen d'un discours une action sur la société. Bien qu'une telle idée ait pu porter préjudice à l'étude du genre en devenant finalement le postulat de départ exclusif de la plupart des approches sur le sujet, elle n'en est pas moins valable : des rappeurs, que l'on qualifie ou qui se qualifient eux-mêmes d'engagés, cherchent en priorité non à offrir une performance esthétique mais à agir sur leurs auditeurs, à les éduquer politiquement et à les pousser à combattre eux-mêmes les inégalités dont ils se sentent les victimes. La violence n'a dans leurs textes plus tout à fait un rôle cathartique.

 

Lorsque dans son titre « 17 octobre », Médine raconte l'arrivée en France d'un immigré algérien puis son assassinat par les forces de l'ordre françaises lors des manifestations parisiennes du 17 octobre 1961, il fait de la violence un motif d'accusation à l'encontre du gouvernement français et dresse un parallèle entre les exactions commises par la police sur les immigrés algériens pendant la guerre d'Algérie et les injustices subies aujourd'hui par les jeunes issus de cette immigration. Le rappeur s'applique non seulement à dénoncer mais aussi à appeler à la révolte et c'est dans cet appel que sa pratique diffère de celle, par exemple, de Nessbeal. Parce que le rappeur souhaite appeler ses auditeurs à des actes de militantisme politique et donc, à sortir du contexte fictionnel et autonome de la performance orale et musicale, il trouble la distinction entre lui-même en tant qu'individu et son personnage, sa figure d'artiste. Il brise les codes du second degré en ajoutant à son ethos de rappeur celui d'un porte-parole ou d'un meneur politique. Ce phénomène est courant dans le milieu du rap engagé et y rend l'esthétique de la violence d'autant plus problématique qu'elle ne peut plus s'aborder uniquement comme un jeu, un dialogue ludique, évolutif et théâtral avec les conventions, l'univers des lieux communs et des images caractéristiques du genre.

 

Qu'elle soit un élément artistique, un champ d'expression et de représentation dans lequel les rappeurs vont puiser les contraintes et les libertés de leur pratique poétique ou une arme discursive, un détonateur de la contestation, la violence semble cependant au centre de l'écriture et de la pratique du rap. Elle suscite, de la part des détracteurs du genre, de vives critiques et on reproche aux rappeurs de ne pas explorer d'autres alternatives. On déplore le manque de textes plus légers, comme si le rap et la musique en général devaient se réduire à un divertissement grand public mais, même si l'on ne peut pas affirmer de façon objective qu'un rap sans violence est inconcevable, on peut néanmoins avancer que la violence est rapidement devenue un trait identitaire et esthétique du genre et qu'un rap sans violence, s'il ne serait pas dénué d’intérêt, n'aurait pourtant pas le sens et le poids qu'on lui donne aujourd'hui.

 

Bibliographie (pour cette partie):

 

Ouvrages:

HAMMOU Karim, Une histoire du rap en France, [2012], La Découverte, Paris, 2014.

HEBDIGE Dick, Sous-culture : le sens du style, [1979], La Découverte, coll. Zone, Paris, 2008.

MARC MARTINEZ Isabelle, Le Rap français : esthétique et poétique des textes (1990-1995), Peter Lang, Bern, 2008.

 

Articles:

PECQUEUX Anthony, « La Violence du rap comme katharsis : vers une interprétation politique » dans Volume !, [En ligne] 3:2, 2004, mis en ligne le 15 octobre 2006, consulté le 29 avril 2016. Consultable ici:

La violence du rap comme katharsis : vers une interprétation politique

La violence du rap français s'avère être toujours un frein puissant à l'extension de son audition, alors même que ce genre musical est désormais solidement implanté. C'est dire qu'une étude à son sujet ne saurait faire l'économie de cette question.

http://volume.revues.org

 

ZEGNANI Sami, « Le Rap comme activité scripturale : l'émergence d'un groupe illégitime de lettrés » dans Langage et Société, 2004/4 (n°110), p.64-84.

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14 mai 2017

"La Nuit"

N'ayant pas eu de retours négatifs sur mon texte Le Monstre j'ai du coup décidé de poster encore un autre texte. Alors, ouais, ça parle beaucoup de beuh, dans ce que j'écris, mais c'est normal, parce que ce que j'écris défonce. Et ouais, j'ai juste dit ça pour pouvoir placer cette blague pourrie. Voilà. Ne me jugez pas. Pour l'illustration trop cool, il s'agit de la seconde version d'un dessin intitulé Diane, qui au départ illustrait un autre de mes textes sur mon ancien blog (aussi intitulé Diane). Cette version me semblait parfaitement correspondre à l'ambiance de ce texte au titre inspiré de Druillet. Vous l'aurez deviné, elle n'est pas de moi. Je dois cette oeuvre magnifique à la talentueuse et non moins adorable Alizée "motherfuckin'" Veauvy, graphiste chevronnée et accessoirement amie de votre serviteur. Vous trouverez des liens vers son travail en fin d'article, après mon texte.

 

 

Diane

 

 

Ils ont légalisé le cannabis, partout dans le monde : dans les pays occidentaux les plus réfractaires mais aussi au proche Orient et en Asie. Une véritable vague de dépénalisation, arrivée d'un coup ou presque. Soudain, l'on fumait dans tous les bars, à toutes les terrasses des cafés, au restaurant et même au travail. On buvait aussi beaucoup et la nuit était devenue une fête permanente – pleine de néons et de rires, d'ombres bleues et de chair entre les murs. Les rues sentaient l’ivresse.

Ils ont légalisé le cannabis, à une époque où les cendres s'accumulaient sur le sol : des villes brûlaient dans des déserts que nous ne connaissions pas et l'on n'avait pas conscience que cela signifiait que nous brûlerions aussi, tôt ou tard, lorsqu'il n'y aurait plus de territoires arides et lointain où allumer des brasiers. Nous étions gangrenés par quelque chose qui ne disait pas son nom. Le système des relations commerciales internationales s'effondrait en même temps que cinquante années de paix et de mensonges. Nous avions gagné une liberté, une seule et unique liberté, voulue depuis des décennies, au prix de toutes les autres que nous avions perdues en chemin et que l'on souhaitait désormais nous faire oublier.

Je pourrais vous raconter notre vie, à chaque endroit du globe, avec les espaces saturés d'une population grouillante, toujours de plus en plus précaire et qui ne cessait de croître et de se multiplier. Je pourrais vous parler des couvre-feux, des allées arpentées par des militaires armés, parce que l'on cherchait à nous protéger d'une menace incertaine et que l'on espérait que nous ne nous rendrions jamais compte qu'ils ne craignaient que nous. Je pourrais tout vous dire sur ces années obscures et cela serait juste, mais la promesse d'une existence de plaisir et de joyeux déni a transformé les villes. On nous interdisait le rêve et voilà qu'au crépuscule les vieux fantasmes s'animaient. Les forces de l'ordre y prenaient part – moitié pour s'amuser, moitié pour continuer leur travail de surveillance des masses en se joignant à elles.

Chacun s'arrangeait de cette situation particulière : l'Etat profitait du relâchement nocturne de la paranoïa pour mieux appréhender les penseurs dissidents, gagnait de l'argent, créait des emplois et calmait des tensions sociales sur le point d'éclater, tandis que les individus, pris dans l'illusion d'une liberté reconquise, pouvaient finalement se comporter comme à l'ère idéalisée des démocraties et se jeter, la conscience tranquille, dans les paradis de l'ignorance béate.

 

J'ai connu les ténèbres, saturées de la lueur des lampadaires et des enseignes – l'odeur des cadavres camouflée par celle des viandes grillées. J'étais enseignant dans une université parisienne quand ils ont annoncé la fin de la prohibition du cannabis. J'allais avoir quarante ans. Je faisais partie de cette génération ayant vécu les dernières grandes embardées de la démocratie libérale, déjà tâchée par toutes ses contradictions et ses défaillances, avant de basculer dans un autoritarisme qu'elle croyait disparu. Nous avions laissé faire ou encouragé la rupture et nous nous le reprochions tous. Nous n'avions pas prévu la science et ses progrès miraculeux au service d'un prolongement drastique de la durée de vie humaine et surtout, de celle des élites fortunées. Nous étions en somme responsable de la paralysie des hiérarchies et des mœurs. Il ne nous restait plus qu'un combat à mener sans risquer le peu de droits que nous possédions encore ; sans mettre en péril notre misère consolatrice. Le gagner, ce fut aussi admettre que nous avions épuisé le champ des luttes ; qu'il fallait maintenant s'engager si nous prétendions nous révolter.

Cela ne nous a pourtant guère empêché de nous jeter, le premier jour, comme une vague emportée par l'euphorie, dans tous les lieux de distraction possibles, qui ne s'attendaient pas à un tel retour de fréquentation. Je me souviens des verres sales, qu'on l'on ne se donnait même plus la peine de laver, s'empilant sur les comptoirs et les tables ; des chaises qui manquaient ; des gens debout, innombrables ; des rires ; d'une communion artificielle, nous semblant alors sincère, du peuple et de ses geôliers ; de la police, de l'armée et des ouvriers, des bureaucrates et des artistes. Nous fîmes rapidement de cela notre quotidien. La nuit était le miroir où la ville s'inversait, le ciel se couvrait d'ombre et devenait la mer.

Je me contentais, comme beaucoup, de cette mascarade : le coût des denrées alimentaires et des logements avait beau augmenter régulièrement, les loisirs demeuraient constamment accessibles, gratuits lorsqu'il le fallait, quitte à compenser le déficit avec d'autres impôts ou d'autres guerres. Je ne sentais pas ma servitude. L'heureuse conjonction entre ma position sociale, relativement agréable et peu exposée et ma situation financière, modeste selon les standards de ma jeunesse mais confortable et presque enviable selon ceux de cette époque, m'offrait l'occasion de profiter d'une vie guidée, standardisée et émoussée. Je n'avais qu'à suivre le parcours tracé pour moi et mes pairs sans jamais détourner le pas, l'apprendre par cœur comme une liste d'instructions pharmaceutiques, pour me mettre à l'abri du sang, des batailles et de la mort.

C'est donc à l'abri du sang, des batailles et de la mort que j'ai rencontré ma femme, Cassandre, qui n'attendait du courage de personne et qui partageait ma passion pour la littérature – auquel son nom l'avait prédestiné. Elle venait d'une famille bourgeoise ; avait eu foi dans l'homme puis s'était rétractée ; exerçait le métier de professeur dans le secondaire et venait d'ailleurs d'entrer dans le privé. Cassandre aimait avec lassitude, honnêtement et de tout son cœur, mais dans un soupir de fin du monde. Je n'en méritais ni n'en réclamais pas plus et je lui rendais ce même amour, fatigué, paresseux et rassurant. La nuit était aussi pour nous l'occasion de nous noyer dans nos promesses, de nous abandonner à des fulgurances de funambules. La nuit était le miroir où la ville s'inversait.

Les métros redevinrent à la mode à Paris. On exigeait de la mobilité. Les barbelés, les blindés et les voitures de police encerclaient la cité et en bloquaient l'accès, mais ceux qui avaient le privilège de s'y trouver à l'intérieur aspiraient à un élargissement de leur espace individuel. Le gouvernement décida alors de rénover les souterrains du métropolitain, tombés en désuétude depuis l'explosion du marché des voitures électriques abordables et les assignations à résidence collectives et forcées. Il ne fallait plus qu'un quart d'heure pour aller d'un bout à l'autre de Paris. Les stations arboraient l'apparence d'immenses sas colorés, labyrinthes où l'on se rencontrait et où les boutiques poussaient comme des fleurs. On y allait pour traverser la capitale comme nous ne l'avions plus traversé depuis longtemps et l'on savait qu'au moins, là-bas, sous terre, une bombe ne nous atteindrait jamais.

Cassandre et moi nous sommes mariés après trois ans passés ensemble. Elle était déjà enceinte pendant notre lune de miel. On ne vendait plus la pilule du lendemain. On prescrivait avec précaution les contraceptifs. On stigmatisait la sexualité et l'on régressait dans les mœurs. Être enceinte, cela signifiait garder l'enfant ; l'éduquer et subvenir à ses besoins, qu'on le puisse vraiment ou non. Nos salaires nous suffisaient – pour une vie sans encombre, à deux ; pour la nuit ; pour notre herbe et notre déni. Un enfant, cependant, remettait en cause notre équilibre : nous ne pouvions espérer gagner plus un jour, l'économie poursuivait irrémédiablement son effondrement et nous tentions déjà de ne pas penser au lendemain où l'on ne serait plus capables de faire face à l'inflation des prix.  Un enfant représentait des dépenses, une éducation, la construction d'un avenir meilleur, des choses que nous n'avions plus la force de faire. Cassandre avorta.

Les cliniques clandestines étaient de retour. On payait et l'on priait – on y était brusquement exposé au sang, aux batailles et à la mort. Le médecin qui pratiqua l'intervention n'était même pas diplômé. Il s'était improvisé faiseur d'ange comme on s'improviserait bricoleur. Cassandre y survécut. Péniblement. Elle avait commis l'irréparable aux yeux de la loi, un meurtre par anticipation, assassinat prénatal qui pouvait valoir à son coupable désigné l'exécution et l'humiliation publique, selon des législateurs figés dans leur demi-vieillesse par les compléments alimentaires d'existence.

 

Cassandre avait pour habitude de contempler Paris depuis la fenêtre de notre salon lorsque la nuit touchait à son terme, à l’instant précis où le basculement allait de nouveau s’opérer ; où les gens sortaient petit à petit du monde dans le miroir et se déversaient nonchalamment sur la ville en une coulée atone et livide. Nous nous étions installés dans l’un de ces appartements dernier cri, au sommet d’une tour d’habitation – édifices ayant remplacé les maisons privées ou les immeubles anciens. La nôtre logeait deux-mille personnes dans un même bâtiment en verre, haut de plusieurs centaines de mètres. Nous pouvions embrasser la ville d’un seul regard. Cassandre percevait la tristesse du matin. Elle s’y baignait, éprise de grisaille, comme si la mélancolie pouvait ranimer les fibres fanées de son être, lui rappeler corps et âmes l’ardeur de son adolescence. Elle demeurait habituellement muette, les yeux voilés, insensible à ma présence, jusqu’à ce que le soleil écarte pour de bon les ombres violettes. Elle n’évoqua jamais l’enfant que nous n’avions pas eu. Peu après l’avortement, elle commença cependant à me parler, pendant qu’elle fixait la douce agonie des chimères. Elle disait qu’elle pouvait entrevoir notre destin funeste ; qu’il y aurait du vide, bientôt et que les rêves ne parviendraient pas à nous en délivrer. Cassandre déroulait dans les vapeurs de l’aube le fil de l’avenir et personne ne l’écoutait. Je refusais de la croire (délicieux déni) et retournais à mon propre brouillard. Elle répétait la prophétie.

Lorsque la clameur des guerres se rapprocha pour se tenir aux portes de notre pays, on eût besoin d’autre chose, d’un calmant plus efficace et l’on fit légaliser toutes les drogues, sans exception. L’extase était de rigueur, devant le désespoir qui rampait vers nous. Paris fut une orgie. On distribua dans les rues des pilules et des comprimés, ces compléments alimentaires d’existence que l’on n’autorisait auparavant qu’aux nantis. Il fallait nous faire vivre pour maintenir la fête ; nous permettre de ne pas encore mourir et de savourer notre seconde jeunesse afin de conserver les instruments de production et la réserve de victimes sacrificielles que nous étions devenus. Cassandre s’éternisait dans l’abîme, hagarde et souriante. Je la suivais. Nos corps et nos organes étaient ceux de nos vingt-ans. Il régnait un parfum de stupre dans les avenues et ce qu’il advenait du monde n’était plus notre affaire. Cassandre ne répéta plus la prophétie. Elle se fit silencieuse comme un fantôme.

Elle reçut d’abord un message, sur son téléphone. Numéro inconnu. Quelqu’un était au courant, pour l’avortement, me confia-t-elle ce jour-là. Il y avait écrit sur l’écran un mot, si simple, « assassins ». Je tremblais. Elle paraissait absente. Blêmes, nous étions tous les deux des spectres. Nous avons voulu oublier. Rien ne se produisit ensuite – la fête, encore, battait son plein ; la belle époque d’entre deux demi-siècles. Cassandre se dissolvait de plus en plus dans les nuages. Je ne pouvais que l’admirer tomber avec grâce, désincarner même son reflet. Il fallait fuir ; quitter cet endroit mais à défaut d’ailleurs et par facilité, nous avons préféré l’anesthésie. Notre félicité factice eût aussitôt raison de nos esprits.

Les poubelles jonchaient les trottoirs, les déchets et les épaves parsemaient nos errances. Les barricades, on le sentait, s’épuisaient. La conscription obligatoire s’immisça chez nous, citadins qui nous imaginions retranchés dans nos positions, gardés du mal par notre chance insolente et notre argent. Et l’on continuait de se donner aux bras des ténèbres. Les uns s’évanouissaient dans la brumes ; les autres dansaient. Les existences s’effaçaient puis se recombinaient. On ne s’aventurait pas à élucider le sort des égarés.

Je rentrais chez moi, une après-midi et Cassandre n’était plus qu'une poignée de cheveux noirs disséminée sur le parquet. Il y avait des traces rouges, minuscules, sur notre canapé anthracite. La porte, néanmoins, paraissait verrouillée lorsque je suis arrivé – mais que pouvait signifier cela dans un pays où n’importe quel représentant de l’Etat disposait des moyens d’ouvrir et de refermer n’importe quelle porte ? On avait enlevé Cassandre. J’appris plus tard qu’on allait l’exécuter ; qu’on l’avait accusé du meurtre de son premier enfant. Elle était détenue dans un quartier de haute-sécurité, au milieu des prisonniers politiques et des milliers de marginaux que la marche des tyrannies avait créé. Il fallait résister ; rejeter l’engourdissement de l’être au profit de la révolte. Je devais briser l’hallucination pour que Cassandre ne s’éteigne pas comme les autres, rendue pour toujours à l’amnésie collective.

Je l’aimais. C’est comme ça, nous raconte-t-on, que les esclaves s'affranchissent du joug de leurs maîtres : dévastés par la souffrance, privés de tout, même de l’amour qui aurait pu prévenir le carnage qu’ils s’apprêtent à commettre en échange de leur liberté. On s’organisait dans les catacombes ; on feintait la surveillance de masse et on accueillait chaleureusement ceux qui se joignaient de leur plein grés à cette ultime lutte, prêts à défier l’insupportable que l’on n’avait que trop toléré. C’était l’opportunité de revoir Cassandre et de récupérer mon humanité. Là-bas, sous les pavés, dans les égouts de pierre, une communauté autonome ne voulait pas céder. Ils délivraient les prisonniers, parfois, qui venaient grossir leurs rangs mais les contacter, c’était aussi faire preuve de bravoure ; avoir une chance de retrouver Cassandre et courir le risque d’y périr, traqué comme un rat par les chiens des démons assermentés. Cassandre ne pouvait pas mourir. Cassandre ne réapparut plus jamais.  

Le sang, la bataille et la mort et la voix de Cassandre qui résonnait – ce fut le développement logique de l’histoire. J’étais appelé au combat ; contraint. On me martelait que c’était le prix à payer ; la juste restitution des bienfaits consentis à crédit. Je n’étais pas trop vieux. Les compléments d’existence avaient conservé mon endurance et mon intelligence. Tout devait s’achever à un moment ou à un autre, n’est-ce pas ? Les drogues, le plaisir chimiquement manufacturé, tout cela ne relevait que d’une politique d’occultation. Nous nous livrions une guerre permanente, dévorante, qui soutenait le reste. La subsistance de la vie dépendait paradoxalement de tout ce qui avait pour but de la détruire. On m’intimait l’ordre de tuer et de tuer pour ceux qui avaient anéanti Cassandre. J’avais évité jusque-là de m’engager de quelque manière que ce soit, sûr de traverser l’incendie sans que ses flammes ne me remarquent ; pourtant, l’on m’y poussait soudain et je ne me débattais pas.

 

Le front est un territoire où les chairs se déversent. Aujourd’hui, je mourrais. Ou demain. On fume des joints sur les décombres de nos conquêtes. Le temps s’étire ; Cassandre murmure ; je n’ai rien fait. J’entends que les célébrations se sont terminées : Paris est entre les mains de l’ennemi, mais lequel ? Chacun est l’ennemi de l’autre : l’Etat celui du peuple ; la France celui de la Russie ; la liberté celui de la loi – et quant à moi, je suis le mien. On ne juge souvent les récits qu’à leur morale et à leurs aventures. Ici, il n’y a rien. Pas de substance ; pas de frémissement des muscles et des âmes. De la lâcheté, peut-être et la nuit. La nuit, où s’empilent les dépouilles et où l’on s’émerveille. La nuit de saphir et de poussière. De rouille. D’impuissance. La nuit.       

 

***

 

Vous pouvez suivre Alizée ici (il faut cliquer sur "portfolio", pas sur l'adresse, sinon ça ne marche pas):

 

 

Ou découvrir l'univers de son jeu-vidéo, disponible à la vente sur Steam, là:

 

Homepage - How To Shoot a Criminal

How to shoot a criminal plunges the player into the New York of the 1930's, filled with smoke, fog and shadows, behind the curtains and from the point of view of those that best witness it: Journalists. Aaron, son of a great Editor in chief, decides to create his own paper following his father's demise: The Revenge.

http://www.howtoshootacriminal.com

 

 

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13 mai 2017

"Le Monstre"

Bon, ça, c'est de la fiction et pas de la fiction drôle en rapport avec l'actualité. Je sais, on est censé trouver des critiques un peu funky et qui sentent le soufre ici, mais d'abord, c'est mon blog et j'y mets ce que je veux (non mais, oh, hein) et ensuite si ce truc a rien de marrant, je vous promets en revanche qu'il pue le soufre. Vous l'aurez deviné, c'est de moi, on va pas se mentir et j'écris des petits trucs parfois. Si vous aimez bien, je posterais de temps en temps des nouvelles, quand ça me chantera et que j'aurais de l'inspiration (surtout). Si vous aimez pas... bah, je vais pleurer. Et j'arrêterais de poster ce genre de textes ici, l'important étant quand même que vous vous y plaisiez aussi. Oh et puis ouais, le titre, c'est une référence assumée à la BD d'Enki Bilal, dont j'ai déjà parlé sur le blog. Sur ce, j'espère sincèrement que ça vous intéressera, j'y ai mis mon âme (non, vraiment, c'est pas juste une blague). Bonne lecture à tous et soyez indulgents ! Je déconne, défoncez-moi ma race si ce machin vous a fait chier, les critiques c'est cool et ça aide à avancer.

 

 A écouter pendant la lecture:

 

Ibrahim Maalouf - Beirut (Official Music Video)

 

 

Le monstre. Tout le monde ne parlait plus que du monstre. Qui était-il ? Un loup, peut-être, avançaient certains ; un terrible loup, une bête du Gévaudan que l'odeur de la pourriture aurait attiré par ici. D'autres chuchotaient des récits, plus étranges encore, évoquant les esprits des soldats défunts, que la guerre aurait enragé et qui viendraient se repaître de la chair des vivants. Le vieux, quant à lui, avait sa propre opinion sur l'histoire.

 

« Le monstre, tu vois, moi, je vais te dire ce que c'est », commença-t-il un soir, alors que les ombres de la nuit lui dévoraient le visage, labourant ses joues, découvrant de larges sillons ténébreux au creux de ses pommettes parcheminées. « Le monstre, c'est un épouvantail, un conte pour effrayer les gosses et les faire se tenir tranquilles, à l'heure du coucher. Le monstre, le vrai, c'est l'armée, mon gars, l'armée. Ou plutôt, des bataillons, discrets comme des serpents, entraînés à glisser comme des hallucinations sur la brume, accompagnés de leurs molosses et dressés à nous chasser, nous filer entre les ruelles, dans le labyrinthe misérable de la ville. Oui, ils nous traquent, nous, la vermine, qu'on n'entend de loin et qui pue la décomposition. Ils nous traquent et nous mangent, puis nous laissent là, sous la pluie, retournant doucement à la boue. Voilà ce que c'est, le monstre ».

Le vieux s'interrompit, la gorge sèche. Le vieux était musulman. Il ne buvait pas d'alcool. De l'alcool, pourtant, c'était tout ce qu'il y avait là, pour calmer sa soif, un vin couleur prune, qui sentait le vinaigre et la poussière. Milos le regardait. Il se demandait si le vieux, finalement, allait céder, prendre la gourde pleine du liquide sirupeux et amer, tremper ses lèvres dans le poison, tromper son Dieu. Les flammes dansaient entre eux, réchauffant leurs mains gelées sous leurs mitaines. Le feu était jeune et la nuit si ancienne. « Qui du vieux ou de la nuit était né le premier ? » s'interrogeait Milos, tandis qu'il avalait une pénible gorgée au goulot.

Il se souvenait que l'on avait aperçu le monstre dans les rues de la ville quelques semaines auparavant. Il était venu avec l'hiver et le vent, comme un mauvais présage, et s'était faufilé entre les fissures, les blessures que la guerre avait infligé à la pierre des murs. Il ne faisait aucun bruit. Un matin, seulement, le boucher, un ancien militaire remué par les champs de batailles, se réveilla, descendit son ersatz de café d'une traite et découvrit, en même temps que l'aurore, un cadavre déchiqueté, les flancs parsemés de morsures, baignant dans une flaque de sang coagulé. C'était la petite Ana, Ana la folle – le boucher retrouva, une centaine de mètres plus loin, son châle presque intact, qui avait dû s'envoler.

La rumeur se répandit rapidement. On ajouta bientôt que la Cassandre l'aurait pressenti et qu'on l'aurait vu, deux jours avant l'attaque, frémir au moindre battement de la ville. On croyait facilement à ces choses-là, lorsque l'on était exposé sans cesse à la mort, au risque inévitable de couler sous une pluie de tristesse et de bombes. Le monstre. Il semblait si familier à Milos. Le monstre... que cherchait-il ? Sa beauté perdue, sans doute, un reflet de ce qu'il avait pu être, avant la catastrophe, l'enfer du ciel déversé sur la terre. Le vieux détaillait Milos, l'examinait, comme un médecin (profession qu'il aurait bien pu exercer, dans une autre vie, avant l'hécatombe). Le brasier déclinait maintenant peu à peu, rayonnant comme un soleil de poche. Le vieux fouillait dans sa tunique.

Il s'était procuré du haschich, au marché. Il mendiait, entre les étals de fruits et de légumes, sur un tapis miteux, les bras osseux sortant du drap marron et informe lui servant de vêtement (la saison était particulièrement rude et l'on échappait à la voracité du froid comme on le pouvait). Il mendiait donc, immobile comme une statue de pacotille que l'on aurait oubliée là depuis des lustres, la main tendue, noire de saleté, lorsqu'un passant, un homme barbu, solitaire, y avait déposé un bout de résine sombre et collante. Le vieux avait aussitôt refermé sa main comme une serre, afin de protéger le précieux trésor qui, mieux que n'importe quel alcool (qu'il n'avait de toute façon pas le droit de toucher), pourrait lui accorder le sommeil et la béatitude – la clef du paradis.

« Hé hé, le monstre… Toi aussi, au fond, t’en as pas grand-chose à cirer. Je suis sûr qu’un gars comme toi pourrait lui faire sa fête, au monstre ; j’imagine que ces bougres de l’armée, ces cannibales, ne sont pas assez sauvages pour te résister, à toi. ». Le vieux balayait du regard les larges épaules de Milos ; ses muscles, étonnamment saillants, contrastant avec sa propre maigreur et ses mains, épaisses, égratignées et calleuses. « T'es une masse, mon gars, un géant, tu pourrais le terrasser, le monstre, tu te ferais tout le bataillon sans broncher, je parie ».

 

Le feu allait s'éteindre. Le vieux était beau, léché par les braises, dans le rouge poussiéreux de l'incendie apaisé. Milos, ayant bu une dernière gorgée de la gourde rouillée, versa son contenu sur les cendres enfiévrées. Pendant un court instant, les flammes s'élevèrent de nouveau, engloutissant brièvement le vieux dans leurs mâchoires brûlantes puis, soudain, à court de vigueur, elles disparurent en fumée pour de bon. Et si le vieux était le monstre ? Qui se méfierait de lui ?

La tiédeur du buchet et les vapeurs du mauvais alcool avaient à demi clos les paupières du vieux, saisi de langueur et qui désormais s'apprêtait à rouler sa cigarette, cherchant dans les replis de son habit une feuille froissée, un petit morceau de carton sale et un peu de tabac. Milos se redressa.

Le vieux, à ce moment, ne remarqua pas son ombre, imposante, qu'il projetait derrière lui comme une ancre de Titan, alors qu'il n'y avait plus de lumière – que le ciel était un gouffre sans étoiles et sans lune, comme tous les ciels nocturnes en temps de guerre. Le vieux ne remarqua pas, non plus, qu'elle paraissait grandir, grandir, encore et encore, jusqu'à recouvrir partiellement les immeubles alentour. Les mains du vieux tremblaient, de maladie, de lassitude ou de désespoir ; peinaient à refermer correctement la feuille fragile et l'ombre de Milos s’étendait, devenait une cape.

Le vieux n’avait pas totalement tort. Le monstre n’était bel et bien qu’un fantôme, une histoire au coin du feu, inventée pour terroriser les enfants. Le monstre n’était qu’un souffle dans les entrailles de la nuit, une déflagration assourdissante et puis… et puis le vide des semaines passées sans se nourrir, des mois sans se laver, des années sans plus personne à tenir dans ses bras. Les cohortes errantes de la ville toute entière étaient le monstre ; les combats au clair de sang, les duels à l'abri des barricades et les victimes qui deviennent les bourreaux, âmes égarées auxquelles échoit par hasard le rôle du destin – on ne sait ni trop comment, ni pour combien de temps encore.

Il n'y eût, ce soir là, pas de rugissement, pas d'os brisés, pas de cris inutiles, ni de lutte interminable. Pas de gestes que l'on regrette, ni d'adieux à la va vite. Il y eût, en revanche, une chouette qui battait des ailes, silencieuse, au milieu des ruines, et qui assista au spectacle ; ainsi qu'une folle, une autre, il y en avait tant, qui frissonna, comprenant que son tour était pour bientôt.    

 

Le monstre. Tout le monde ne parlait plus que du monstre. Qui était-il ? Un loup, peut-être, arpentant les décombres, blessant ses pattes sur les gravats épars ; une légende que les bâtiments défoncés se murmurent entre eux, complices amusés de ses crimes, ou la cité elle-même, mélancolique, condamnée, dédale d’immondices et de débris, peuplé de charognes ? 

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